Je ne peux résister.

Vœux présidentiels: petit exercice de lèche-Majesté

  • Les vœux présidentiels tomberaient dans l'oubli aussitôt que prononcés, s'il n'y avait leur sillage rhétorique, cette traînée baveuse qui s'étend d'ondes en ondes: la voiture-balai des propos élyséens, qu'incarnent des journalistes, payés pour régresser de l'analyse à la paraphrase.

    Le sous-développement de l'information en France, à chacune de telles étapes cathodiques, saute à l'ouïe: le Président a dit. On se croirait dans le Togo des Eyadema de père en fils. Les thuriféraires à carte de presse encensent: ils dispensent à qui mieux mieux les «éléments de langage».

    Librement inspiré des Exercices de style de Raymond Queneau, voici un petit entraînement fictif, qui risque, hélas!, d'apparaître véridique ce 31 décembre, dès 20h12...

    Notations

    Le président de la République a présenté ses vœux aux Français. Nicolas Sarkozy, se voulant calme et confiant, a rappelé les atouts de la France dans un monde en crise qu'il entend contribuer à réformer en cette année 2011, à la fois cruciale et chargée d'espoir.

    Métaphoriquement

    Le chef de l'État s'est élevé jusqu'au sommet de sa fonction pour déployer son verbe poli par l'expérience et prendre ainsi sous son aile tous les damnés de la crise. Le char de la nation trouve enfin son aurige, qui nous épargnera le mur et relancera l'Hexagone dans la course planétaire.

    Surprises

    Ce que le président est apparu serein! Comme il est loin le temps où nous pouvions douter de son adéquation à la fonction! Qu'a-t-il fait? Rien de moins qu'un tête à queue en terme d'image! Et devinez ce qu'il nous dira l'année prochaine à la même heure? Que tant d'erreurs réparées, de réformes engagées, de refondations entreprises, ne sauraient rester en plan! Et ensuite, le second quinquennat paraîtra bien court! À ne pas croire!

    Rêve

    Il nous semblait, dans cette nuit froide et constellée d'un hiver qui n'en finit pas, que la lumière venue de l'Élysée nous annonçait la fin du cauchemar politique. Un homme doux et altruiste nous tendait la main pour nous tirer du ruisseau. Avec lui, la crise n'est déjà plus qu'un mauvais souvenir. Son sourire engageant était un gage d'avenir. Il fait si bon s'endormir après de telles paroles.

    Hésitations

    Vous avez peut-être eu la même impression que moi, mais j'ai bien cru voir la fin du tunnel dans ce qui m'est apparu comme une promesse d'avenir avec ce qui avait l'air de clore une année somme toute un brin difficile pour ce que d'aucuns appellent la droite, mais où il faut certainement voir, sait-on jamais et à tout prendre, la France. Il m'a semblé que la hauteur était au rendez-vous et que le rassemblement suivrait.

    Précision

    Aussitôt 20 heures, on ne voyait que lui. À 20h02, on entendait L'Appel. Dès 20h04 retentissait L'Unité. Il n'était pas 20h07 que s'imposait Le Salut. 65 millions de Français se sont reconnus dans ce mètre 65 centimètres.

  • Le donjon du seigneur qui accueillait les faibles et les menacés

    Distinguo

     

    Dans des vœux (qu'il ne faut pas prendre pour un discours du 14 juillet), un Président (qui n'est surtout pas encore candidat) se doit de rassurer (et non plus de cliver). Nicolas Sarkozy (et pas Sicolas Narkozy), qui prend de l'assurance (ne pourrait-il en 2011 être à la fois grand-père et papa?), refondera la République (qu'il ne faut pas confondre avec un royaume d'opérette) en protégeant les citoyens (et pas ses sujets comme sous l'Ancien Régime).

    Onomatopées

     

    Dans le palais, miam miam, de l'Élysée (et toc!), le Président (bling bling c'est fini!), le soir du réveillon, ding din don, ding din don, prit la parole, pouet pouet, et malgré la colère du peuple, rreuh, rreuh, se souhaita le meilleur (ouaf! ouaf!) en ne nous oubliant pas, hm, hm...

    Apocope

     

    Nico Sark, dans le Pa de l'Ély, a fait une allo fabu. Les Fran sont éto par tant d'opti. L'an pro sera déli. Le bon sera au rend. Bra l'art!

    Moi je

     

    Moi je ne cacherai pas la très forte impression qu'il m'a faite. Un aussi fier Président, qui ravale sa rancune et vous prend dans ses bras quelles que soient vos opinions, moi ça me rappelle le donjon du seigneur qui accueillait les faibles et les menacés au Moyen-Âge. Je n'irai pas par quatre chemins: cet homme si moderne, qu'il se soit montré capable de retrouver d'antiques réflexes protecteurs, j'en ai été scié. Et je suis sûr que je ne suis pas le seul.

    Exclamations

    Tiens! Alors là! Chapeau! Oublié le casse-toi! Un Père aubergiste ce Père de la Nation! Pour sûr! On est prêt à le croire! À le suivre! À l'élire! Encore et toujours! Pour les siècles des siècles! Trop fort, le Président! Et le Président de tous, hein!

    Ampoulé

    À l'heure où ne blanchit pas encore la campagne mais où les étoiles nous éclairent sur l'essentiel, un sage est né, qui s'imposa aux esprits déroutés par tant d'affaires aux miasmes horrifiants. Qui oserait encore penser un instant aux enveloppes kraft de l'affaire Bettencourt en voyant la sobriété même, sous les ors d'une République chancelante, qui toutefois doit tant à l'audace salvatrice d'un Président ne faisant que passer, mais que nous voudrions tant retenir ? La funeste Discorde ronge la Nation prise de vertiges indécis et fâcheux. Comme un berger majestueux apte à guider le craintif troupeau, l'excellent Nicolas Sarkozy, auquel nous pouvons tresser ce soir des lauriers, a définitivement tracé la voie, nonobstant les critiques aigrelettes proférées ici ou là.

    Précieux

    C'était une nuit sans lune sinon sans nuages, mais l'homme des journées continues n'en avait cure, qui délaissait la flamboyance passée pour affronter la crise au front de taureau. Palpitant de bienveillance, ivre de philanthropie, récusant hic et nunc les renoncements tragiques des aboulies françaises, il usa des grands moyens de communication sociale pour que l'esprit public renaquît par son truchement débonnaire et sous sa férule avisée. Cette énigme de nos cimes possède un nom suave, qui roule d'électeur en électeur tel un nouveau soleil d'Austerlitz du suffrage universel: Nicolas Sarkozy.